La Commission européenne se targue d’avoir négocié au mieux face aux diktats de Trump. En acceptant une augmentation unilatérale des droits de douane à l’entrée de ses produits aux Etats-Unis, l’Europe va ainsi payer un tribut à l’empire et passer pour le ventre mou de l’Occident.
Cette attitude mercantiliste, réclamée par les entrepreneurs et une majorité d’Etats membres, risque de faire le malheur d’une Union européenne déjà bien critiquée pour son absence géopolitique.
Ce n’est pas la négociation qui est en cause, c’est le choix délibéré de négocier.
L’Union a ruiné son principal argument pour refuser d’entrer dans ce rackett inacceptable, celui d’être la première puissance commerciale de la planète, le plus grand marché de consommation adossé à la deuxième monnaie mondiale. Elle peut être une véritable puissance, à condition de l’assumer et de se conduire comme telle, c’est-à-dire de refuser de se voir imposer de l’extérieur des contraintes contre sa volonté.
Certains n’hésitent pas à prédire pour l’Europe un avenir identique à celui de la Chine du XIXème siècle qui s’était vue imposer des « traités inégaux », dont l’humiliation résonne encore dans l’inconscient chinois.
Déjà le président américain menace de nouveau de s’en prendre à elle si elle ne revient pas sur sa régulation des grandes plateformes et des acteurs monopolistiques de la tech. L’Europe ne peut éternellement courber l’échine devant l’ami des dictateurs.
La voie suggérée par Mario Draghi, pour éviter cette humiliation et cette déchéance, est la seule possible : se conduire sur la scène internationale comme un Etat.
On entend déjà les chantres désuets de l’indépendance nationale hurler au loup. Mais nul ne propose de créer tout de suite un Etat fédéral ; il s’agit seulement de se doter collectivement des attributs étatiques face au monde qui a brutalement changé, pour justement préserver notre indépendance.
Les Etats européens paient très cher leur endormissement d’après le Second conflit mondial et les apôtres des « dividendes de la paix » devraient rendre des comptes devant le tribunal de l’histoire pour un désarmement dont on mesure aujourd’hui le véritable coût.
Ils ont pourtant les moyens humains, intellectuels et technologiques de réagir avec un atout que peu de continents partagent : un substrat culturel fait d’expériences historiques, de créations artistiques et techniques et de messages politiques universels qui dépassent de loin ce que peut penser un promoteur immobilier.
Il est urgent pour les Européens, ne serait-ce qu’à quelques-uns, de décider d’être une grande puissance et d’ainsi retrouver au passage le soutien enthousiaste de citoyens qui doutent.
De vigoureux efforts d’achèvement d’un véritable marché unique des biens et des capitaux, c’est-à-dire l’abolition entre nous des frontières qui affaiblissent, la création d’un droit des sociétés commun (28ème régime), la concrétisation d’une politique de défense concertée avec une préférence européenne imposée, une politique commerciale plus agressive, l’acceptation enfin du slogan « Europe first », sont des mesures qui exigent du courage de la part des gouvernants, celui de se mettre à la hauteur de l’enjeu vital pour l’Europe : sa survie dans un monde plus cruel.